L'alégorie du bon gouvernement est fresque faisant partie d'une série peinte par d'Ambrogio Lorenzetti et placées sur les murs de la Sala dei Nove (la salle des Neuf) ou Sala della Pace (salle de la Paix) du Palazzo Pubblico de Sienne

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vendredi, 06 octobre 2017 11:06

Les régions slovènes entre XVIIIe et XIXe siècles: plurilinguisme et transferts culturels à la frontière entre empire des Habsbourg et Venise

Les régions slovènes entre XVIIIe et XIXe siècles: plurilinguisme et transferts culturels à la frontière entre empire des Habsbourg et Venise

 Colloque placé sous le haut patronage de l’ambassade de la république de Slovénie en France

 Université François-Rabelais de Tours — 3, rue des Tanneurs — 5ème étage B.U.

 9-10 novembre 2017

Au centre des régions slovènes, entre Styrie et Carinthie, la Carniole, qui s'identifie avec la partie continentale de l'actuelle Slovénie, a longtemps constitué un espace plurilingue au sein de l’empire autrichien. Et c’est là qu’ont été posés les premiers jalons vers l’accession du slovène au statut de langue de culture : d’abord à l’occasion de la Réforme (avec les écrits religieux de Primož Trubar ainsi que sa traduction d’une partie des Évangiles, et la traduction intégrale de la Bible par Jurij Dalmatin), puis au cours d’un long processus qui a connu une accélération décisive dans les dernières décennies du XVIIIe siècle grâce, notamment, aux membres du cercle de Žiga Zois, mécène, naturaliste et lettré, lui-même au centre d’un vaste réseau épistolaire qui couvre l’Europe entière. Et cette autorité nouvellement acquise de la langue slovène trouve sa pleine expression dans la première moitié du XIXe siècle avec la génération romantique et des figures intellectuelles fondatrices comme le poète France Prešeren et le critique et linguiste Matija Čop.

Encore faut-il tenir compte que la Carniole a été façonnée par la permanence des transferts culturels avec l’espace germanique politiquement dominant — la Carniole a été partie intégrante de l'empire des Habsbourg jusqu'au démantèlement de celui-ci — et l’espace italien à travers notamment deux pôles proches : Trieste, port franc depuis 1719 qui connaît un développement rapide à partir du règne de Marie-Thérèse, et Venise, puissance étatique dominant l’Adriatique jusqu'à la dissolution de la Sérénissime en 1797 et centre culturel et éditorial influent. Par ailleurs, les inventaires notariés des bibliothèques de l’aristocratie carniolienne, ainsi que l’examen de leur correspondance privée, témoignent du lent développement que connaît l’usage et la connaissance du français comme langue de prestige au mitan du XVIIIe siècle, en décalage toutefois avec le reste de l’Europe. Jusqu’à ce que s’installe brièvement une présence française entre 1809 et 1813, sous les espèces des Provinces illyriennes qui, comprenant Dalmatie, ancienne république de Raguse, bouches de Kotor, Istrie et Carniole, englobent un territoire disparate mais majoritairement slavophone dont la capitale est fixée à Ljubljana, alors Laybach, et dotée d’une administration soucieuse d’emblée de définir une politique linguistique cohérente.

La lecture des dictionnaires, des ouvrages de géographie et des récits de voyage permettra de mieux comprendre comment les cultures française et italienne appréhendent les régions slovènes pendant cette période et comment cette perception a pu évoluer avec le temps en fonction de l’évolution des événements politiques et des conflits armés en Europe. Parallèlement, le colloque interrogera la variété des pratiques sociales qui animent la société carniolienne en recensant et caractérisant les espaces culturels et leur évolution dans la période envisagée, tant au niveau privé qu’institutionnel, telles que les sociétés d’agriculture ou, de toute autre nature, les journaux et les revues, les bibliothèques privées et leur usage social. Et concernant le livre, sa production, son commerce et sa diffusion, il conviendra de s’interroger sur la nature et le rôle de la censure, préventive ou non, impériale ou religieuse, et sur la fonction qu’ont eue les grandes bibliothèques des monastères et des couvents, sur les pertes enregistrées avec la fermeture autoritaire de nombreuses institutions religieuses sous le règne de Joseph II et sur leur redistribution dans le cadre d’autres institutions. Tout comme il faudra étudier l’usage social des grandes bibliothèque privées comme celle de Žiga Zois qui, à travers son cercle, s’est fait l’artisan de la renaissance de la langue et de la culture slovènes dans le cadre d’une idéologie austro-slave, dont le principal promoteur aura été son disciple, le slaviste Jernej Kopitar, qui a su tisser depuis Vienne un réseau de relations dans tout le monde slave, entre Dubrovnik, Prague, la Pologne et Saint-Pétersbourg.

Enfin d’autres modalités de transmission du savoir pourront faire l’objet de notre attention : la constitution de collections de minéralogie, la création de jardins botaniques, l’intérêt pratique pour les sciences expérimentales et les techniques (les « arts »), les sociétés d’agriculture et les réseaux qu’elles tissent dans l’Empire et en Europe sous l’influence des Physiocrates. Mais également les arts de la scène : l’usage et le choix des œuvres du répertoire, la circulation des compagnies dramatiques, en une période où le premier auteur dramatique de langue slovène, le poète Anton Tomaž Linhart, exprime le vœu que, dans le théâtre tel qu’il le conçoit: « Nous arriverons peut-être à voir le jour où le goût allemand s’unira à l’italien » (1780).

C’est en restituant la complexité de la situation culturelle que connaissent les régions slovènes entre XVIIIe et XIXe siècles que ce colloque entend leur rendre leur centralité au sein d’une histoire européenne dont beaucoup reste encore à écrire.

 

Lu 94 fois Dernière modification le lundi, 09 octobre 2017 09:22