L'alégorie du bon gouvernement est fresque faisant partie d'une série peinte par d'Ambrogio Lorenzetti et placées sur les murs de la Sala dei Nove (la salle des Neuf) ou Sala della Pace (salle de la Paix) du Palazzo Pubblico de Sienne

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lundi, 19 février 2018 16:46

Lieux et sujets périphériques dans la littérature du XXe et du XXIe siècles

Journée d'études : Lieux et sujets périphériques dans la littérature du XXe et du XXIe siècles dans l'Europe de la Méditerranée et en Amérique latine

Mardi 19 juin 2018

Maison de la Recherche de l'Université Sorbonne Nouvelle Paris 3

Modalités de participation : les propositions de contribution de 300 mots maximum, rédigées en français, accompagnées d'une brève bio-bibliographie sur fichier séparé, le tout en format .pdf, sont à envoyer au plus tard le 26 mars à l'adresse Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.. La durée prévue des communications sera de 20 minutes. Les contributions de doctorants seront examinées en priorité, mais les propositions de jeunes chercheurs sont les bienvenues. Possibilité de faire l'objet d'une publication postérieure.

Appel à communication : La périphérie est avant tout un concept géométrique et donc spatial désignant une circonférence ou une surface qui se place à l'extérieur d'un volume et, bien que dotée d'un espace propre, elle est indissociable d'un centre. C'est en ce sens qu'elle apparaît au début du XXe siècle dans les études d'économie et de géographie sous l'impulsion du développement de l'urbanisme (Blanchard et Thomas, 2014). La périphérie devient rapidement un lieu dont la nature se mesure à l'aune de l'écart qui la sépare d'un centre – souvent vu comme le centre – et elle acquiert une dimension figurée car, en suivant la thèse d'Alain Reynaud (Reynaud, 1981), l'écart n'est pas seulement spatial mais aussi culturel. Ainsi la périphérie est le pôle faible, déficitaire du couple “centre/ périphérie” qui a été défini comme « un système spatial fondé sur la relation inégale entre deux types de lieux : ceux qui dominent ce système et en bénéficient, les centres, et ceux qui le subissent, en position périphérique » (Lévy, 2003). Cependant tout au long du XXe siècle le rapport à l'espace et au pouvoir périphériques n'a cessé de se transformer. « L'expansion spatiale de nombreuses métropoles incite à penser la ville selon des modèles pluriels » (Giroud, 2007) et, dans les années 1970, nous assistons à une remise en cause des structures hiérarchiques, notamment par Deleuze et Guattari qui prônent un modèle de pensée rhizomatique où « n'importe quel point d'un rhizome peut être connecté avec n'importe quel autre, et doit l'être », un modèle « très différent de l'arbre ou de la racine qui fixent un point, un ordre » (Deleuze et Guattari, 1976). Ensuite, dès la fin des années 1990, en lien avec le développement du numérique et des mouvements migratoires, nombreux sont ceux qui mettent en évidence la tendance des populations et, par conséquent des études, à se focaliser sur des réalités locales et des minorités dont l'importance est revendiquée au point qu'elles deviennent des centres (Appadurai, 1996).Dans le domaine littéraire le couple “centre/ périphérie” a été fréquemment adopté comme catégorie épistémologique, notamment en littérature comparée (Bessière et Maár, 2009). Cependant le concept de périphérie, malgré les changements que nous venons d'esquisser tant au niveau urbanistique qu'au niveau socio-culturel, a souvent été abordé en littérature du point de vue du centre. La périphérie est perçue comme « un ailleurs nécessaire » (Martino et Verbaro, 2016 : nous traduisons) pour définir ce centre. De la même manière, les sujets de périphérie et périphériques sont des Autres nécessaires pour définir un sujet central, souvent représenté par l'auteur (Asor Rosa, 1983). Il a été souligné également que « les notions et les réalités, attachées au doublet centre-périphérie sont fort relatives » et qu'elles sont « l’image d’un moment historique » (Bessière et Maár, 2010).Nous souhaitons alors étudier comment ces changements de signification interviennent et interagissent au sein des pays latins. Comment la littérature tout au long du XXe et du XXIe siècle répond aux changements que nous avons rapidement évoqués ici ? Comment les reflète-t-elle ? Lorsque la littérature place la périphérie au centre de la narration, assistons-nous à une dénaturation, à un bouleversement des valeurs ? Nous trouvons également pertinent de questionner la place de l'auteur vis-à-vis des lieux et des sujets périphériques : quels enjeux pour qui raconte les périphéries et les sujets périphériques dans les univers italophone, hispanophone et lusophones ? Le couple “centre/ périphérie” est-il un modèle interprétatif qui a fonctionné et qui fonctionne encore dans ces aires géographiques ou y a-t-il un dépassement de ce modèle ?L'objectif de cette journée d'étude est d'esquisser des réponses à ces questions, tout en faisant un point sur les recherches en cours sur la question du « périphérique », au sens propre et au sens figuré, dans la littérature des pays de l'Europe de la Méditerranée et de l'Amérique latine. Cette journée se propose plus particulièrement de placer la périphérie au cœur du questionnement en adoptant un regard volontairement décentré et décentralisé car, pour paraphraser Asor Rosa, ce type de regard semble « permettre de découvrir des potentiels et des forces cachées que, en restant obstinément ancré à un centre, on ne soupçonnerait pas » (Asor Rosa, 2015 : nous traduisons). Dire les périphéries serait ainsi un moyen de défaire les oppositions.Dans cette optique, nous proposons les axes et les pistes de réflexion suivants.Axes 1 - Lieux périphériques : dans le monde anglo-saxon le couple conceptuel centre/ périphérie semble acquérir un sens particulier, suburb pouvant renvoyer à une réalité plutôt positive (Fishman, 1987). À l'opposé, dans les études sur les réalités françaises, le mot périphérie est généralement remplacé par le mot banlieue qui évoque souvent un lieu de la négativité par rapport à un centre bien établi (Vitali, 2011). Dans L'Europe de la Méditerranée et en Amérique latine, en revanche, nous rencontrons des réalités multiples (borgate, bidonvilles, afueras, suburbus, mais aussi départements, provinces et pays périphériques) : ces lieux – identitaires, relationnels et historiques (Augé, 1992) – restent des objets à saisir. Où commence et où prend fin la périphérie au XXe siècle ? Et au XXIe siècle ? Quel sens la littérature contribue-t-elle à leur donner ?Axe 2 - Sujets périphériques : nous proposons d'étudier les sujets occupant un espace périphérique et également ceux qui se définissent en fonction d'un écart par rapport à un centre ou à un pouvoir. Dans les littératures hispanophone, italophone et lusophone du XXe et du XXIe siècle, qui sont-ils et comment sont-ils représentés ? Lorsque la littérature adopte une perspective décentrée, y a-t-il une reconnaissance du sujet périphérique allant jusqu’à une revendication ? Dans ce sens, la position de l'auteur peut constituer un angle d'approche significatif et il sera intéressant de voir où il se place dans la relation aux sujets périphériques qu'il aborde et quelle est sa distance par rapport à ces sujets.Axe 3 – Langues et langages de périphérie/ langue et langages périphériques : la périphérie, notamment dans les pays latins, semble être le lieu privilégié qui rassemble plusieurs strates linguistiques souvent considérées elles-mêmes comme périphériques (jargon, langage juvénile, patois mais aussi langues indigènes, dialectes…) : comment la langue littéraire exprime-t-elle cette multiplicité ? En sort-elle transformée ? Comment les langages et la langue de différentes instances diégétiques s'accordent entre elles ? Ces langages contribuent-ils à donner une identité aux espaces périphériques ? Dans ce contexte, dans quelle mesure la langue rend-elle compte des relations de pouvoirs ?

Bibliographie indicative : AUGÉ Marc, Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris, Éditions du Seuil, 1992.APPADURAI Arjun, Modernity at Large. Cultural Dimensions of Globalization, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1996.ASOR ROSA Alberto, Letteratura italiana. Storia e geografia III. L’età contemporanea, Turin, Einaudi, 1983.ASOR ROSA Alberto, Elogio del marginale vero centro della vita, in La Repubblica, 18 août 2015.BESSIÈRE Jean et Judit MAÁR (éd.), Histoire de la littérature et jeux d’échange entre centres et périphéries : les identités relatives des littératures, Paris, L’Harmattan, 2010.BLANCHARD Nelly et Mannaig THOMAS (éd.), Des littératures périphériques, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014.DELEUZE Gilles et Félix GUATTARI, Rhizome. Introduction, Paris, Éditions de Minuit, 1976.FISHMAN Robert, Bourgeois Utopias : the rise and fall of suburbia, Basic Book, New York, 1987.FOUCAULT Michel, « Le sujet et le pouvoir », in Dits et écrits, Tome II, texte n° 306, Paris, Gallimard, (1994 éd.) 2001, p. 1044-1062.GIROUD Matthieu, « Le couple centre/périphérie à l’épreuve du milieu urbain et de la notion d’accès. Les différentes positions d’Alcântara à Lisbonne », in Mayté BANZO, Isabel PATO e Silva et Elodie VALETTE (coord.), Sud-Ouest européen. Lisbonne, en ses périphéries, tome 24, 2007, p. 27-38.Lévy Jacques et Michel Lussault, Dictionnaire de la géographie, Paris, Belin, 2003MARTINO Paolo et Caterina VERBARO, Pasolini e le periferie del mondo, Pise, Edizioni ETS, 2016.MORETTI Franco, Distant reading, London - New York, Verso, 2013.REYNAUD Alain, Société, espace et justice. Inégalités régionales et justice socio-spatiale, Paris, Presses universitaires de France, 1981.VITALI Ilaria, Pari(s) ‘extra muros’. Banlieue et imaginaires urbains dans quelques romans de l’extrême contemporain, in Marco MODONESI (dir.), Ponti/Ponts. Langues littératures civilisations des Pays Francophones, n°11 (Centres-villes, villes et bidonvilles), 2011, p. 27-39 [disponible en ligne : http://www.ledonline.it/index.php/Ponts/article/view/432/405].

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