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vendredi, 24 avril 2015 00:00

M. Menna, Giuseppe Antonio Borgese...

 MIRKO MENNA, Giuseppe Antonio Borgese, un antifascista in America, attraverso il carteggio inedito con Giorgio La Piana (1932-1952). (Collection Liminaires, vol. 35), Berne, Suisse, Peter Lang ed., 2015, p. 394.

Dans la  traduction en français de l’ouvrage politique de Borgese, Goliath the March of Fascism (publié en 1937 aux États-Unis), Étiemble note avec humour combien il était difficile de se procurer Rubè en 1986, ou tout autre livre de Borgese, l’auteur  ayant eu la malchance d’être quasi homonyme de « Borges », ce qui amenait une remarque du libraire : « Sans doute ignorez-vous la prononciation de l’espagnol ? C’est la jota, dans Borges ! » ; et pourtant, note le grand critique, « il s’agit du seul grand roman italien sur la montée du fascisme ». La traduction de Goliath par Étiemble, qui  était prête en 1939 pour Gallimard, parut chez Desjonquères en 1986. La version italienne date de 1946. Rubè1, paru en 1921, ne fut plus réédité entre 1933 et 1946. La présence de l’auteur reste encore discrète dans les histoires de la littérature italienne, y compris dans la Treccani. Borgese apparaît  rarement dans les programmes et dans les concours. Cependant, la  Fondazione « G. A. Borgese » à Polizzi Generosa (province de Palerme), ville natale de l’auteur, depuis 2002 contribue à rassembler les chercheurs. Déjà depuis la fin du XXe siècle, les communications, rééditions et colloques se sont multipliés en Italie.

 

         Le tout récent livre de Mirko Menna, chercheur à l’université « G. D’Annunzio » de Chieti-Pescara, spécialiste de littérature italienne du XIXe et XX°,  éclaire la période la plus difficile de la vie du grand critique ( il « inventa » les Crepuscolari, découvrit le jeune Moravia), romancier, poète, journaliste et professeur reconnu : son exil aux États-Unis, douloureux et prestigieux à la fois, dura dix-huit ans, de 1931, où il était invité en Californie, à 1949. Borgese, ayant définitivement  rompu avec le fascisme en 1933, resta aux États-Unis et fut obligé de chercher des contrats dans les universités (Berkeley, New-York et finalement Chicago) et d’adopter la langue américaine.

         Le matériel, exploité par le chercheur, est inédit ; il s’agit de la correspondance, entre 1932 et 1952, de Borgese avec Giorgio La Piana, sicilien lui aussi et professeur à Harvard. Le carteggio se trouve partagé : la Faculté de Théologie de Harvard possède les lettres de Borgese léguées par la sœur du théologien ; les lettres de La Piana appartiennent toujours à la famille Borgese. La Piana (1878-1971) est un personnage très original : prêtre « moderniste », mal vu par les catholiques traditionnalistes et par le Vatican, il s’installe aux États-Unis dès 1913 où il renonce à la prêtrise; médiéviste, il enseigne l’histoire de l’Église à Harvard, et participe au groupe des émigrés antifascistes, aux côtés de Gaetano Salvemini. La Piana, déjà intégré dans le milieu universitaire américain, fut pour lui un confident et un conseiller précieux. « Tu non sai quanto hai contribuito a farmi durare. Ti abbraccio in siciliano » (10 giugno 1937).

         M. Menna, tout en se livrant à une recherche minutieuse, s’engage personnellement, rendant compte de l’émotion éprouvée à redonner vie à des archives jaunies. « […] fotografie ingiallite e macchiate dal tempo, a cui sfuggono i bordi, i contorni e spesso i volti non sono messi a fuoco, ma che, solo grazie e dopo un paziente lavoro con lente d’ingrandimento, si riesce a restaurare e infine apprezzarne il ritratto d’insieme» (p. 19).

         Dans sa présentation, il dégage trois centres d’intérêt au carteggio : le rapport complexe de Borgese avec Croce, ainsi qu’avec les intellectuels italiens ; le rapport de Borgese avec le fascisme ; et celui avec les universités américaines. L’édition des lettres nous place en quelque sorte dans les coulisses de l’histoire. Les conditions de la rupture de Borgese avec le fascisme offre une radiographie de la condition universitaire italienne à cette époque. En octobre 1931, sous la pression du philosophe Gentile, il fut demandé aux universitaires de prêter serment au régime fasciste. Douze universitaires, auxquels il faudra ajouter Borgese, refusèrent de signer et durent quitter l’université. Il est vrai qu’il y eut un accord quasi général sur la nécessité d’accepter cette « formalité », pour des raisons variées, de la part du philosophe Croce, de Togliatti, de Pie XI… En août 1933, Borgese adressa une  lettre à Mussolini, texte exemplaire : « Il giuramento universitario implicherebbe ormai l’adesione a  un ordine e più ancora  che politico, filosofico e religioso ; giurare fu strettamente proibito dal Cristo (Math. V, 33-37). Giurare con animo reticente e equivoco, fu considerato delitto gravissimo, secondo al parricidio, da tutta l’antichità pagana. » Les circonstances de la lettre sont alors l’objet d’un débat avec La Piana.  Borgese, considéré comme démissionnaire, perdit sa chaire de Milan, tout droit à la retraite et fut interdit de publication en Italie entre 1936 et 1946 ; il dut abandonner sa collaboration avec le « Corriere della Sera ». Son retour en Italie en 1949 fut laborieux car il n’y retrouvait guère que des ennemis ; comme l’écrivit Sciascia, un de ses rares défenseurs : « Se i fascisti volgarmente  lo odiavano, molti, che fascisti non erano, più o meno sottilmente lo detestavano. » (« Corriere della Sera », 11 septembre 1982, à l’occasion des célébrations pour le centenaire de sa naissance).

         Le jugement de Borgese sur Croce, dont il apparaissait l’élève au début du siècle, et qui s’en écarta par la suite, montre l’ambiguïté de leur rapport. « Se è giusto dire che nemmeno D’Annunzio fece quanto il Croce per far nascere il fascismo, è giusto anche dire che nessuno può vantarsi di aver fatto più di lui per demolirlo » écrit Borgese dans une présentation quasi affectueuse du « Signore ribelle » à son ami La Piana (2 agosto 1932). 

         Les lettres permettent de retrouver le milieu des grands exilés antifascistes de la gauche italienne. L’écrivain Prezzolini arrive aux États-Unis en 1929 et enseigne à l’université de Columbia (N.Y.) L’historien Salvemini, qui émigre en 1925, et enseignera à Harvard, regroupe les émigrés républicains, dont Borgese, dans la très active « Mazzini Society » en 1939 ; on retrouve Toscanini, trésorier provisoire de la société.

         La vie de Borgese comporte ainsi deux périodes : la vita nuova,  après sa décision du non-retour, commençant en 1934. Tel le crabe qui refait sa carapace, écrit-il plus tard, « è possibile a un uomo dopo i cinquant’anni perdere tutto, riputazione, danaro, famiglia, amore, paesaggio, spaghetti, e rifarsi da capo, è possibile a un letterato italiano perdere il sacro patrimonio della lingua, come una valigia alla stazione e e carpirne un’altra con una lotta, corpo a corpo, senza esclusione di colpi […]» (10 giugno 1937). Cette même année parut son œuvre la plus marquante de cette période, Goliath, the March of Fascism,  qui analyse  en profondeur les racines du mal italien. La vita nuova se manifeste dans les adresses, quand Borgese, en 1934, annonce que sa maison de Northampton proche du Smith College (N.Y.) ne porte plus le nom de « New Ghiffa » qu’il lui avait donné, celui du village situé au bord du Lac Majeur où il rédigea dans l’après-guerre les pages les plus ardentes de Rubè. La vita nuova, on la découvre dans la très sobre annonce de Borgese à La Piana de son divorce en novembre 1939 et de son remariage avec Elisabeth Mann, la très jeune fille du grand écrivain. En 1940, il travaille  avec Thomas Mann et dix-sept collaborateurs à la parution de The city of Man,  puis au projet pour une Société internationale garantissant la paix (« Foundation of the world republic »). Borgese ne rentre en Italie avec sa nouvelle famille (deux petites filles sont nées) qu’en 1949 ; il est officiellement réintégré à l’université de Milan, à la chaire d’esthétique, en 1952. Cette vita nuova, il la prévoyait brève, il meurt à Fiesole en décembre 1952. C’est à Angela, sœur de La Piana, qu’est adressée la dernière lettre ; celui-ci vivra encore dix-neuf ans.

[1] Le livre traite presque à chaud de la période de la guerre et de l’après-guerre, déroutant la critique, car il était difficile de séparer l’aspect romanesque (la mort, l’amour, la guerre incarnés dans des personnages intenses et complexes) des discussions politiques de ces années-là. En France, on publia la traduction complète du roman en 1995, puis en 2015, avec le titre Vie de Filippo Rubè (Gallimard).  Aux Etats-Unis, parut une première traduction  en 1923.

 

MIRKO MENNA, Giuseppe Antonio Borgese, un antifascista in America, attraverso il carteggio inedito con Giorgio La Piana (1932-1952). (Collection Liminaires, vol. 35), Berne, Suisse, Peter Lang ed., 2015, p. 394

         Nella traduzione in francese dell’opera politica di Borgese Goliath, the March of Fascism (pubblicata nel 1937 negli Stati Uniti), Etiemble nota con umorismo quanto fosse difficile procurarsi nel 1986 Rubé 1, o qualsiasi altro libro di Borgese, in quanto l’autore aveva avuto la sfortuna di essere quasi omonimo di  «Borges», il che induceva il libraio a osservare:   «Sans doute ignorez-vous la prononciation de l’espagnol ? C’est la jota, dans Borges!»; eppure, nota il grande critico, «Il s’agit du seul grand roman italien sur la montée du fascisme». La traduzione di Goliath, che era pronta per Gallimard nel 1939, fu pubblicata incompleta nel Canada nel 46, poi nel 1986 da Desjonquères. Golia, la marcia del fascismo uscì in italiano nel 1946. Rubé, pubblicato nel 1921, non venne più ripubblicato fra il 1933 e il 1946. Continua a essere modesta la presenza dell’autore nelle storie della letteratura italiana, così come nella Treccani e nei programmi universitari. Tuttavia, la  Fondazione G. A. Borgese a Polizzi Generosa (provincia di Palermo), città natale dell’autore, contribuisce dal 2002 a mettere in contatto i ricercatori. Dalla fine del XX secolo si sono moltiplicati in Italia i colloqui, le comunicazioni e le riedizioni.

         Il libro molto recente di Mirko Menna, assegnista di ricerca  presso l’Università “Gabriele D’Annunzio” di Chieti-Pescara, illustra il periodo più difficile della vita del grande critico, (“inventò” i Crepuscolari, scoprí il giovane Moravia) romanziere, poeta, giornalista e professore riconosciuto: il suo esilio negli Stati Uniti, doloroso ma nel contempo foriero di prestigio, durò diciotto anni, dal 1931, dove era stato invitato in California, al 1949. Borgese, dopo aver definitivamente rotto con il fascismo nel 1933, fu costretto a cercare dei contratti nelle Università (Berkeley, New York e alla fine Chicago), e ad adottare la lingua americana.

         Il materiale utilizzato dal ricercatore è inedito; si tratta della corrispondenza durante l’esilio, fra il 1932 e il 1952, con Giorgio La Piana, siciliano pure lui e professore a Harvard. Il carteggio è diviso in due parti: la Facoltà di Teologia di Harvard possiede le lettere di Borgese lasciate dalla sorella del teologo; le lettere di La Piana appartengono tuttora alla famiglia Borgese. La Piana (1878-1971) è un personaggio molto originale: prete “modernista”, malvisto dai cattolici e dal Vaticano, già nel 1913 si stabilisce negli USA dove rinuncia al sacerdozio; medievalista, insegna storia della Chiesa a Harvard e partecipa al gruppo degli emigrati antifascisti, accanto a Gaetano Salvemini. La Piana, già integrato nell’ambiente universitario americano, fu per Borgese un confidente e consigliere prezioso: «Tu non sai quanto hai contribuito a farmi durare. Ti abbraccio in siciliano» (10 giugno 1937).

         Mirko Menna fa una ricerca minuziosa, ma s’impegna anche personalmente, quando esprime l’emozione provata nel ridar vita ad archivi ingialliti. «[ …] fotografie ingiallite e macchiate dal tempo, a cui sfuggono i bordi, i contorni, e spesso i volti non sono messi a fuoco, ma che, solo grazie a un paziente lavoro con lente d’ingrandimento, si riesce a restaurare e infine apprezzarne il ritratto d’insieme» (p. 19).

         Nella sua presentazione egli individua nel carteggio tre centri d’interesse: il complesso rapporto di Borgese con Croce, così come con gli intellettuali italiani; il rapporto di Borgese con il fascismo; e quello con le università americane. La pubblicazione delle lettere ci pone in un certo senso dietro le quinte della storia. Le condizioni della rottura di Borgese con il fascismo offrono un chiaro quadro della situazione dell’università italiana all’epoca. Nell’ottobre 1931, sotto la pressione del filosofo Gentile, fu chiesto al mondo accademico di giurare fedeltà al regime fascista. Dodici professori, a cui bisognerà aggiungere dopo Borgese, rifiutarono di firmare e dovettero lasciare l’università. È vero che ci fu un accordo quasi generale circa la necessità di accettare questa «formalità» per varie ragioni da parte del filosofo Croce, di Togliatti, di Pio XI... Nell’agosto 1933, Borgese invia una lettera a Mussolini, testo esemplare: «Il giuramento universitario implicherebbe ormai l’adesione a  un ordine e più ancora che politico, filosofico e religioso; giurare fu strettamente proibito dal Cristo (Mt. V, 33-37). Giurare con animo reticente e equivoco, fu considerato delitto gravissimo, secondo al parricidio, da tutta l’antichità pagana.» Le circostanze della lettera diventano quindi l’oggetto di una discussione con La Piana. Borgese, considerato dimissionario,  perse la cattedra a Milano e il diritto alla pensione; gli fu proibito di pubblicare in Italia dal 1936 alla fine della guerra e dovette lasciare la sua collaborazione con il “Corriere della Sera”. Il suo ritorno nel 1949 fu laborioso, perché qui trovava solo nemici; come scrisse Sciascia, uno dei suoi rari difensori, «Se i fascisti volgarmente lo odiavano, molti, che fascisti non erano, più o meno sottilmente lo detestavano.» («Corriere della Sera», 11 settembre 1982, in occasione delle celebrazioni per il centenario della sua nascita).

         Il giudizio di Borgese su Croce, di cui all’inizio del secolo sembrava allievo, per poi scostarsene, dimostra l’ambiguità del loro rapporto. «Se è giusto dire che nemmeno D’Annunzio fece quanto il Croce per far nascere il fascismo, è giusto anche dire che nessuno può vantarsi di aver fatto più di lui per demolirlo», scrisse al suo amico La Piana, in una presentazione quasi affettuosa del «Signore ribelle» ( 2 agosto 1932). 

       Le lettere permettono di ritrovare l’ambiente dei grandi antifascisti della sinistra italiana in esilio. Lo scrittore Prezzolini arriva negli Stati Uniti nel 1929 e insegna all’università di Columbia (N.Y.) Lo storico Salvemini, che emigra nel 1925 e insegnerà a Harvard, riunisce gli emigrati repubblicani, fra cui Borgese, nell’attivissima «Mazzini Society» (1939); ci ritroviamo Toscanini, provvisoriamente tesoriere della società.

         La vita di Borgese comporta dunque due periodi, il secondo definito vita nuova, dopo la decisione di non tornare. Come il granchio che si rifa la corazza, scriverà più tardi, «è possibile a un uomo dopo i cinquant’anni perdere tutto, riputazione, danaro, famiglia, amore, paesaggio, spaghetti, e rifarsi da capo, è possibile a un letterato italiano perdere il sacro patrimonio della lingua, come una valigia alla stazione e carpirne un’altra con una lotta, corpo a corpo, senza esclusione di colpi […]» (10 giugno 1937). In quello stesso anno uscì la sua opera più significativa, Goliath, the March of Fascism, che analizza in profondità le radici del male italiano. La vita nuova si manifesta negli indirizzi, quando nel 1934 Borgese annuncia che non chiamerà più la sua casa di Northampton prossima allo Smith College (N.Y.) «New Ghiffa», in ricordo del villaggio sulle rive del Lago Maggiore dove nel dopo guerra aveva redatto le pagine più ardenti di Rubé. La vita nuova la si scopre quando, nel 1939, Borgese annuncia in modo molto sobrio a La Piana il suo divorzio e il suo nuovo matrimonio con Elisabeth Mann, la giovanissima figlia del grande scrittore. Nel 1940, lavora con Thomas Mann e diciassette collaboratori alla pubblicazione di The City of Man, poi al progetto di una Società internazionale che garantisca la pace («Foundations of the world republic»). Borgese rientra in Italia con la sua nuova famiglia (sono nate due bambine) appena nel 1949; nel 1952 viene reintegrato ufficialmente all’Università di Milano nella cattedra di estetica. Questa vita nuova la prevedeva breve; muore a Fiesole nel dicembre 1952. La sua ultima lettera è indirizzata ad Angela, la sorella di La Piana, il quale vivrà ancora diciannove anni.

 

[1]  Il libro trattava quasi a caldo del periodo della guerra e del dopoguerra, mettendo in difficoltà la critica dell’epoca, perché era difficile separare l’aspetto molto romanzesco (la guerra, l’amore, la morte, incarnati da personaggi complessi ed intensi) dalla discussione politica di quegli anni. In Francia la traduzione completa fu pubblicata da Gallimard nel 1995 con il titolo Vie de Filippo Rubé, poi nel 2015. Esiste una traduzione americana uscita nel 1923.

 

Muriel Gallot (Université Toulouse 2)

 

 

 

 

 

 

 

Lu 1783 fois Dernière modification le samedi, 02 mai 2015 18:36