Machiavel et la philosophie politique de la Renaissance, entre Florence et Lyon
Parler de « philosophie politique » dans le contexte de Machiavel soulève plusieurs questions historiographiques majeures. D’une part, l’expression « philosophie politique » peut être entendue au sens large, en tant qu’elle désigne l’ensemble des usages, des appropriations et des réélaborations que le Secrétaire florentin propose des idées issues de la philosophie naturelle, de la métaphysique ou encore de l’éthique. Cette approche invite à considérer, à nouveaux frais, la relation complexe que Machiavel entretient avec les cadres philosophiques de la Renaissance florentine. Il ne s’agit nullement de trancher la question – désormais largement débattue par l’historiographie – de savoir si Machiavel peut être qualifié de philosophe, et ce encore moins si l’on s’en tient au sens que ce terme revêtait à son époque. Il s’agit plutôt d’interroger, dans une perspective historique et conceptuelle, la manière dont différents langages philosophiques, notamment ceux de la philosophie naturelle
(l’aristotélisme, le néoplatonisme, l’épicurisme, le stoïcisme etc.), structurent, même implicitement, sa réflexion politique et contribuent à la spécificité de son vocabulaire et de ses catégories analytiques.
D’autre part, l’expression « philosophie politique » peut également renvoyer aux doctrines, aux pratiques discursives et aux débats politiques qui circulaient à Florence au début du XVI? siècle. Ceux-ci se retrouvent chez des auteurs tels que Donato Giannotti, Francesco Guicciardini et
Pierfilippo Pandolfini, qui furent parmi les premiers à réinvestir, parfois dans un sens profondément originel, les propositions politiques de Machiavel. En élargissant la focale, cette perspective permet d’inscrire Machiavel dans un espace intellectuel à géométrie variable, ancré certes dans la réalité florentine des premières décennies du XVIe siècle, mais dépassant aussi largement l’enceinte de la Toscane, voire de la péninsule. En effet, cette approche suppose de prendre tout particulièrement en considération l’espace politique qui s’étend de Florence vers Lyon, une ville qui accueille des exilés tel Antonio Brucioli ou des figures de passage (comme Luigi Alamanni ou Zanobi Buondelmonti après la conjuration de 1522). Ces jeunes républicains, souvent explicitement anti-médicéens, participent en effet largement à la circulation d’idées et de savoirs entre l’Italie et la France. Or, cette circulation ne relève pas uniquement de trajectoires individuelles ou contingentes, mais s’inscrit dans
une configuration plus large, favorisée par l’articulation complexe entre les équilibres géopolitiques italiens de l’époque et l’intérêt politique central qui lia durablement la monarchie française à l’Italie après la descente de Charles VIII en 1494.
Ce colloque réunit des chercheuses et des chercheurs travaillant sur Machiavel en France et en Italie autour d’un colloque dont le titre assume délibérément l’ambiguïté de l’expression « philosophie politique ». Celle-ci est mobilisée à la fois comme catégorie historiographique permettant de repenser les rapports entre philosophie et pensée politique à la Renaissance, et comme outil analytique pour étudier la circulation transnationale des idées politiques entre Florence et Lyon. En croisant approches intellectuelles, contextuelles et spatiales, le colloque vise ainsi à contribuer à un renouvellement des études machiavéliennes, attentif aux dynamiques de transmission, d’exil et de recomposition des savoirs politiques dans l’Europe du premier XVI? siècle.
ENS de Lyon
Bât. Buisson, salle D8.007
19 allée de Fontenay, 69007 Lyon
Organisé par Alessandro Mulieri (CNRS Triangle) et Hélène Soldini (Lyon 3 IHRIM)