Contes de fées, fables et mythes : perspectives écologiques
Appel à communications
Contes de fées, fables et mythes : perspectives écologiques
Colloque international organisé par Nantes Université et Sorbonne Université
Nantes Université, 21-22 octobre 2026
S’inscrivant dans une perspective écologique appliquée aux études italiennes, ce colloque international vise à interroger la manière dont la fable, le conte de fées et le récit mythologique ont pu, à différentes époques, façonner des imaginaires et des dispositifs narratifs à même de penser la relation entre le vivant et son environnement. L’objectif est d’examiner comment ces formes – longtemps reléguées aux marges de la réflexion critique – peuvent aujourd’hui, dans leurs déclinaisons narratives, théâtrales et audiovisuelles, constituer de véritables laboratoires d’expérimentation, capables de contribuer à une reconfiguration de nos rapports au vivant, en offrant de nouveaux outils critiques pour appréhender l’ère de l’Anthropocène.
Jusqu’à présent, en effet, les travaux consacrés aux rapports entre écologie et création littéraire, théâtrale et cinématographique se sont majoritairement concentrés sur les enjeux de représentabilité du changement climatique et des agentivités non humaines, en privilégiant des genres considérés comme particulièrement aptes à aborder ces problématiques – notamment le récit réaliste, en particulier sous sa forme documentaire, ainsi que la science-fiction et la dystopie.
Cette manifestation scientifique propose, en revanche, de déplacer le regard critique en prenant pour objet la fable, le conte de fées et le mythe, en tant que modes de récit et de représentation particulièrement heuristiques. Elle prend appui sur le constat selon lequel ces formes font aujourd’hui l’objet de réappropriations créatives par des écrivain?e?s, dramaturges et cinéastes qui en explorent le potentiel narratif et philosophique, y compris dans une perspective écologique. Leur ancrage dans une cosmologie prémoderne – où les règnes du vivant ne sont pas strictement étanches, où nature et culture forment un continuum – permet d’envisager autrement les relations entre humains et non-humains.
En brouillant les frontières entre les règnes, en remettant en cause les anciennes hiérarchies du vivant, ces récits réactivent des cosmologies alternatives et rejoignent certaines perspectives philosophiques contemporaines qui contestent une vision rigidement dualiste du monde (Descola, 2005 ; Latour, 2015). Dans ce contexte, la division entre humains et non-humains, mais aussi entre nature et culture, ne tient plus : la nature artificialisée a cessé d’être naturelle, tandis que l’humain technologisé et hyperconnecté relève désormais d’une condition hybride. Cette imbrication nouvelle s’incarne notamment dans le trope de la métamorphose, fréquente dans les récits mythologiques et fabulaires : elle cristallise cette fluidité ontologique, tout en illustrant la plasticité des formes de vie. De même, le recours à l’anthropomorphisme fonctionne comme un outil spéculatif et éthique face à la crise écologique, en contribuant au brouillage des frontières entre humains, animaux ou végétaux.
Ainsi, sans nécessairement thématiser de manière explicite le changement climatique, les fables, les contes et les mythes, en tant que formes allégoriques et polysémiques, se prêtent à des lectures renouvelées à la lumière des préoccupations écologiques contemporaines : puissants vecteurs de fabulation écologique, ils permettent de reformuler nos imaginaires du vivant, d’interroger les responsabilités partagées, de penser la vulnérabilité et l’interdépendance comme des catégories fondamentales, et de poser une question devenue aujourd’hui inévitable : dans un monde dévasté, qui héritera de la Terre ?
De nombreuses œuvres contemporaines témoignent de cette tendance : les romans de Francesca Matteoni (Tundra e Peive, 2023), d’Antonio Moresco (Le favole della Maria, 2007, Gli incendiati, 2010, La lucina, 2013, Fiaba d’amore, 2014), de Laura Pariani (La valle delle donne lupo, 2019, Apriti, mare!, 2021, Primamà, 2025) ou de Laura Pugno (Sirene, 2007, Quando verrai, 2009, La ragazza selvaggia, 2016) interrogent de manière allégorique et mythopoétique les relations entre l’humain et le non-humain, les frontières de l’animalité, ainsi que les fractures écologiques. Dans le champ théâtral, les créations de Marta Cuscunà (Earthbound, 2021, Corvidae. Sguardi di specie, 2023, Bucolica, 2023) et d’Emma Dante (dont l’œuvre comprend tant des réécritures de contes classiques et de récits de Giambattista Basile que des créations telles que Medea, 2003 ou Misericordia, 2023) proposent des réélaborations fabulaires et mythiques engagées dans une réflexion féministe et écologique. Au cinéma, les films de Michelangelo Frammartino (Le quattro volte, 2010, Il buco, 2021), de Matteo Garrone (Il racconto dei racconti, 2015, Pinocchio, 2019), de Pietro Marcello (Bella e perduta, 2015) ou d’Alice Rohrwacher (Le meraviglie, 2014, Lazzaro felice, 2018, La chimera, 2023) abordent, de façon plus ou moins explicite et critique, le rapport à la nature et à l’animal en mobilisant les imaginaires du merveilleux, du symbolique et du mythologique.
Loin de se limiter à la production contemporaine, ce colloque souhaite également élargir la réflexion à des corpus plus anciens. Dès lors, il s’agira aussi d’interroger la fécondité d’une écocritique « avant la lettre », et de penser les continuités et les mutations des formes et des imaginaires qui, du récit mythologique à la fable et au conte de fées, ouvrent la voie à une pensée écologique sur le temps long.
Nous proposons, à titre d’exemples et sans aucune prétention à l’exhaustivité, quelques axes de réflexion possibles :
– Écritures et réécritures écologiques de la fable et du mythe ;
– Figures du mythe, du conte de fées et de la fable à l’aune des approches écocritiques contemporaines ;
– Lectures écocritiques d’un corpus classique : pertinence, complexité et limites d’une analyse écologique ante litteram ;
– Mise en lumière d’éléments relevant de la fable et de l’écologie dans l’œuvre d’un auteur ou d’une autrice, ou pendant une période donnée ;
– Fables, contes, mythes : quels outils esthétiques pour une mise en scène du discours écologique au théâtre et au cinéma.
Les propositions de communication, rédigées en italien ou en français, devront être envoyées avant le 16 avril 2026 aux trois adresses électroniques suivantes :
lucia.dellafontana@univ-nantes.fr
vittoriano.gallico@univ-nantes.fr
Elles devront comporter le titre de la communication, un résumé d’environ 400 mots, ainsi qu’un bref profil bio-bibliographique, précisant l’université d’appartenance et les coordonnées téléphoniques de l’intervenant?e.
Le comité d’organisation informera les candidat?e?s de l’acceptation de leur proposition avant le 6 mai 2026.
Chaque intervention aura une durée d’environ 20 m